jeudi 3 juillet 2014

INTRODUCTION: des moulins tourneries à l'atelier familial - From the Factory to the family woodturning workshop



Translation : click on your flag
Pictures: click to enlarge

 Tout a commencé au XIXème siècle. Mon arrière grand père Fabien PICOD quittait son moulin de Lavans-sur-Valouse, dans le Jura pour s’installer quelques kilomètres en amont à la tournerie CHARPILLON, du moulin d’Arinthod. Son épouse Marie, y tenait la cantine ouvrière et vendait de l’absinthe aux travailleurs.
Quelques années plus tôt son voisin Louis VUITTON était monté à Paris pour faire ses célèbres malles en cuir, et il eut le succès qu’on lui connaît …
La tournerie CHARPILLON, née de l’essaimage de la tournerie de la pipe du bassin de Saint-Claude, n’eut pas le même bonheur. Mon grand père Camille, d’abord chauffeur à la machine à vapeur de l’usinier, s’installa à son compte au moment de la crise de vingt neuf à Arinthod. Il le fit avec ses fils et d’autres membres de la famille, qui vécurent de la tournerie jusqu’à la fin du XXème siècle... Histoire de la tournerie que j'ai poursuivie en la racontant dans un livre publié en 1991



 Petite saga familiale avec quelques images...

Cliquer sur celles-ci pour les agrandir et faire défiler le diaporama 

Le moulin ...



Il était une fois..., à la fin du XIX ème siècle, dans les usines de la tournerie Charpillon au moulin d'Arinthod (Jura), le long de la Valouse.... les membres de la famille PICOD y étaient ouvriers. Cheminée bien visible de la machine à vapeur.

Carte postale plus ancienne que la précédente, pas de cheminée, mais la roue du moulin est bien fonctionnelle.

L'intérieur de l'usine Charpillon, vers 1910, d'après une carte postale ancienne

Ouvriers de l'usine Charpillon vers 1910 avec mon grand père Camille qui porte une casquette et 4 ème homme en partant de la gauche, mon arrière grand mère Marie au premier plan (au milieu, jupe blanche et foulard noir au cou). Le patron, Edouard Charpillon (décédé en 1927) est aussi sur la photographie, serait au dernier rang en haut à gauche, moustaches et gilet clair (information qui m'a été donnée par son arrière petite fille en 2015!). Photo C. Huyghens d'après une photo de famille.N'hésitez pas à cliquer sur la photo pour voir les détails des personnages.


  Ci-dessus: mon arrière grand père Fabien PICOD (personnage au fond avec un chapeau), ouvrier au Moulin d'Arinthod, détail.

 



Exceptionnel document d'un photographe amateur en juin 1913, montant le moulin en aval du pont, usines dites de "La Gadoix", on remarque une machine à vapeur mobile sous un abri en planches. Les ouvriers se tiennent devant le canal qui mène l'eau au moulin. La machine à vapeur était utile pendant les étiages de la Valouse. Au fond on distingue un bâtiment pour le logement des ouvriers. Cette carte est écrite au dos de la main d'Angèle Charpillon, fille d'Edouard, le patron des usines. Document transmis par son arrière petite fille et publié avec son aimable autorisation.

 


 Carte postale ancienne colorisée, montrant le même site en aval du pont de la Valouse. Le bâtiment logement est bien reconnaissable en arrière plan à gauche. J'ai indiqué par une croix rouge l'emplacement de la machine à vapeur mobile de l'illustration précédente.





 Détail ci-dessus de la machine à vapeur et des ouvriers. On remarque au pignon de l’atelier une poulie de transmission abritée par un petit auvent. C'est cette poulie qui était reliée par une courroie à la machine à vapeur.



Les spécialités de l'usine Charpillon: articles pour les filatures et accessoires pour l'électricité, d'après ce papier à en tête du moulin usine d'Arinthod en 1894. La famille Charpillon était originaire de Vescles (proche d'Arinthod) où ils possédaient déjà une usine de tournerie en 1870.

Détail des produits fabriqués, avec des noms bien étranges aujourd'hui !

 

 Exceptionnelle et rare Carte postale de 1935, éditée par les frères Charpillon (Herman et Marc) qui montre les articles pour filatures (dont 5 bobines fuseau pour navettes, au milieu de la carte ) et articles pour l'électricité. Verso ci-dessous.


 La carte postale était destinée à Charles de Buyer (1867-1937), probable fournisseur de pièces métalliques, Maître de forges, domicilié au Château de La Chaudeau, à Aillevilliers en Haute-Saône

 Parmi les articles pour l'électricité: des douilles ... en buis pour les ampoules ! Joli lot récupéré en 2014, juste avant sa destruction

La famille, les ancêtres fondateurs ...

Un ouvrier, mon arrière grand mère, sa fille Juliette, mon arrière grand père Fabien PICOD, leur belle fille Virginie épouse de Henri PICOD, Jules DAVID époux de Juliette PICOD devant les ateliers familiaux, rue de la Poyat à Arinthod, qu'ils viennent d'acquérir en 1928.

En 1938, les loisirs familiaux ... 

   Encore autour des usines au bord de la Valouse, mais pour une partie de pêche à la truite. Mon père, garçonnet avec le chapeau et un de ses oncles. On voit une partie de la haute cheminée en briques de la machine à vapeur au pignon des ateliers.



Après les truites, pêche aux écrevisses ... 


Ci-dessus, Camille à gauche et mon père au centre autour d'une pêche aux écrevisses en 1938.
Mon grand père tient une canne avec une balance et sa récolte
Les bords de la Valouse resteront pour mon grand père Camille un lieu de détente le dimanche jusqu'après ma naissance. Ci-dessous , un pique nique en 1953 où je suis dans les bras de mon grand père, avec mon père Edmond et ma grand mère Joséphine.


L'atelier, les ateliers successifs ...

En 1948, devant l’atelier familial au cœur d'Arinthod, mes parents au milieu , entre ma grand mère Joséphine à gauche et mon grand père Camille PICOD, à droite

 

Avec mon oncle Louis PICOD assis sur le rebord de la fenêtre

Mon grand père Camille, mon père et mon oncle Louis PICOD (futur tourneur de jeux d'échecs) devant l’atelier familial à Arinthod en 1951



A l'intérieur de l'atelier la même année, mon grand père Camille qui utilise un chariot de perçage. Il faisait probablement un "étui à pharmacie" (boite en tilleul creusée et tournée). La mèche plate dégage les copeaux sur la droite de la photographie.

 

Une des productions traditionnelles de mon grand-père Camille: les canettes pour les  navettes des métiers à tisser lyonnais. Photo de la canette en position levée dans la navette et écheveau de soie.
Navette échantillon datée du 12 juin 1949.

Vers 1960, les lettres de commerce de mon père mentionnent encore l'ancien propriétaire de l"atelier familial Jules David, tout comme les articles en os, articles souvenirs (qu'il ne fabriquait pas). Il s'agissait de montrer, avant tout, la polyvalence possible des fabrications, avec une forte référence aux productions traditionnelles plus anciennes.


Mon père Edmond PICOD, dans le même atelier en 1963, il tournait des pieds de table basse, sa grande spécialité à l'époque.

 
 

Mon père dans son nouvel atelier à Arinthod, ici en 1983


Mon père tournant un pied de table en 1983

La passion continue, mais sous forme de loisirs ..

 Et pour ma part, c'est dans l'ancien atelier de mon grand père qu'à l'âge de 7 ans mon père m'initiait au tournage du bois...


55 ans après je continue sur le même tour à bois ancien du XIX ème siècle

... et même sur un tour à pédale et à roue pour des démonstrations publiques ou le tournage expérimental de perles de chapelet en os

 Un peu d'humour ne nuit pas à la "visite" de mon atelier (plaque émaillée ancienne)



Mes petits enfants prennent le relais ...

Ma petite fille Louise se fait aussi une toupie sur mon tour ! il n'y a pas d'âge pour apprendre !




 6 générations plus tard ....Mon petit fils Camille PICOD, prend le même plaisir pour faire une toupie en buis

En 2016, une connaissance bien transmise avec Camille sur un tour à archet, en démonstration à Nyon en Suisse. Un tournage sur os toujours délicat, qui demande patience et doigté !

 


Né les pieds dans les copeaux et la tête dans les livres, il m’était devenu urgent de témoigner . « Les Tourneurs sur Bois », publié en 1991, aujourd’hui épuisé, fut l’aboutissement de dix années de recherches et le début d’une aventure qui continue encore. De colloques en expositions, d’expérimentations en publications spécialisées, l’histoire et la découverte du tournage n’en finit pas d’être contée.
Riche de contacts humains et de trouvailles insolites, ce blog est l’occasion unique de faire partager mes modestes découvertes … A vous de l’enrichir des vôtres !




"Lorsque, par goût et dans les loisirs d'une douce retraite, on veut s'adonner aux ouvrages des mains, pour se délasser de ceux de l'esprit, il semble que l'on devrait choisir l'Art du Tour"

LES BONUS 

La maison du maître et la suite de l'histoire...

 

Pendant que les 70 ouvriers et leur famille vivaient dans le moulin le long de la Valouse, le propriétaire Théodore Charpillon créait à Arinthod, dans sa villa "bon accueil", La Banque Charpillon


 Après le décès d'Edouard Charpillon en 1927, la crise de 1929 et les difficultés qui s'en suivirent, le domaine sera racheté 15 ans plus tard environ, par la ville de Lons-le-Saunier et transformé en colonie de vacances gérée par la Croix Rouge après guerre (à voir le panneau peint -côté est- devant la maison en agrandissant la carte postale).

 Vers 1950, mon grand père Camille et sa femme Joséphine sont fiers de poser devant la maison du maître (côté ouest), juste revanche du petit ouvrier devenu un artisan respectable et respecté après des décennies de labeur.

 Depuis cette belle et vaste demeure est devenue l'actuel collège Bichat d'Arinthod (photo: site Internet du collège Bichat).


  
Pour les curieux du patrimoine industriel, cliquez sur les usines de tournerie ci-dessus et vous serez redirigé vers la fiche "inventaire du patrimoine industriel" relatant les grandes étapes de l'histoire de ce moulin d'Arinthod.
 ! Warning: hypertext links only on french page.
 


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire